Babel haus #1

 

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Babel haus/ la vidéo

Images tirées du film retraçant l’évolution du moule en bois soufflé en verre. / Pictures from the movie redrawing the evolution of the glass which is blown into the wooden mold.

Souffleur/ Blower: Stéphane Rivoal assisté par Axel.

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Verre soufflé,

30x30x40 cm

Le positif diffère du négatif comme deux entités séparées, avec leurs ressemblances et leurs différences. Le verre a prit la trace du bois brûlé tandis que le bois est recouvert d’une couche calcinée. / The positive shape differs from the negative as two separate entities, with their resemblances and their differences. The glass has took the track of the burned wood whereas the wood is covered with a calcined coat.

moule-calcine4Moule-calcineMoule-calcine-6moule-calcine-3Babel #1, 2013

Moule en bois calciné, 30x30x40 cm
Ces moules en bois aux formes géométriques sont employés dans leur utilisation propre, pour leur reproductibilité. Ils servent à la fabrication d’autres éléments réalisé par la technique du «soufflé-moulé» en verre.
En sapin, chêne ou olivier, ces formes géométriques rappellent des fragments d’architectures empruntées au Bauhaus, au mouvement brutaliste. Les angles sont nets, précis, les lignes s’imposent. Cette rigidité renvoie à une identité contrôlée, calculée et quasi militaire.

En verre soufflé, ces moules s’apparentent à des mailloches, sorte de cuillère en bois mouillé servant à réceptionner le verre à haute température. Comme une extension de la main, la mailloche vient donner une forme homogène et précise au verre qui s’apprête à être soufflé.
Ces moules en bois diffèrent de l’utilisation première de la mailloche, mais le verre diffère de tous les autres matériaux jamais rencontrés.
Cette matière fascine par son impossible maîtrise, par son caractère incontrôlable. Elle ne se modélise pas avec la paume de la main comme de l’argile mais elle fusionne dans un four, elle brûle la rétine à distance, sa surface est visqueuse, elle flambe et renforce l’inertie de la matière contre laquelle elle vient se déposer.

Le verre vient de loin, c’est le premier objet qui me tomba dans les mains lorsque je dessinais les contours d’un soliflore pour Marianne Guedin, créatrice de vase en verre, j’avais 19 ans. D’un trait sur du papier on obtient un volume fragile. Ce raccourci m’interpela, il a nourrit ma quête de savoir. Laissé en suspens pendant plusieurs années, je redécouvre ce matériau dans l’atelier d’Emmanuel Saulnier aux Beaux-Arts de Paris, artiste qui travaille la symbolique de cette matière, puis au Japon en échange aux Beaux-Arts de Tokyo à la Tokyo Geijutsu Daigaku dans la section verre soufflé. Mon premier souffle fut poussé en mars 2013 à Hébron, avec les frères Al-Natsheh en Territoires occupés palestiniens, souffleurs de verre depuis 300 ans.

L’air, poussé à l’intérieur de la canne par les poumons du souffleur, force le verre encore brûlant à se plaquer contre les parois du bois. Il prend place dans l’espace qu’on lui assigne. On constate l’abandon d’une forme pour en faire naître une autre, c’est un réel bouleversement. Le bois s’embrase de tous côtés, les flammes s’agitent. Le spectacle est attirant et je prends conscience de la possibilité de l’échec.

Petit à petit, le moule se soulève avec la force du souffle et la masse du verre. Il faut la bloquer au sol, on enfile des gants et plonge littéralement les mains dans le feu.
Une fois le moule détaché de la pièce née, l’odeur de bois brûlé rappelle sa présence, la surface du verre est couverte de l’empreinte de la calcination. L’un a marqué l’autre et vice-versa.
Au sol, le bois diminue l’intensité de son inertie thermique, il crépite. Son creux est noir et brille comme du charbon. À l’extérieur des endroits subsistent où les flammes ne se sont pas propagées. Le moule ne servira qu’une seule fois. Au final, l’objet sériel est unique.
La contre-forme en verre va finir sa course dans l’arche, espèce de couveuse diminuant les Celsius, de quelques 500 degrés à notre température ambiante. À peine le temps de l’apercevoir, de comprendre sa composition qu’elle disparaît.

L’installation finale est constituée de dix pièces en verre reposant sur des socles en bois. Dans l’espace d’exposition, les moules dépouillés reposent sur une table et l’odeur du charbon plane dans l’air. Au mur la vidéo-témoin du soufflage défile en boucle sur un écran, ainsi que des dessins dans des cadres qui retracent l’évolution des formes.
Elle est une sorte de maquette d’une ville cristalline où l’œil transperce les éléments architecturaux qui se superposent. Cela renvoi à la photo, Mansio Obsessio, qui est la vue d’une cité où les habitats forment des blocs, serrés les uns aux autres ils constituent un rempart solide aux regards postés sur les collines en vis-à-vis. Har Homa est une colonie israélienne surplombant la vallée en face de Bethléem en Territoires occupés palestiniens, là où j’ai séjourné en début d’année 2013.

En premier lieu j’avais le désir de comprendre ses formes sur la colline d’en face, que l’on regarde en plissant les yeux. Je souhaitais connaître les contours de cette Babel contemporaine, sa composition et ses recoins. Chaque jour se passait devant cette cité biblique, j’étais fascinée. La photographie intervient en amont comme mémoire, puis elle créer ses propres formes par jeux de contrastes ou de superpositions des plans. Ses formes sont ensuite retravaillées en bois.

Babel haus #1 fut soufflé par Stéphane Rivoal dans son atelier à Arcueil, tandis qu’Axel plongeait ses mains dans le feu.

Pour Babel haus #2, #3, #4, #5, #6, je l’ai assisté, plongeant mes mains dans le feu.

English version

These wooden molds, featuring geometric shapes, are used in their intended purpose, for their reproducibility. They are used to create other elements, twhich are created themselves in the blown-molded technique, in glass.
In fir, oak or olive tree, these geometrical  shapes remind us of
architectures fragments, borrowed from the Bauhaus movement, the Constructivist and Brutalist movement. The angles are sharp, precise, the lines are imposing. This rigidity refers to a controlled identity, calculated, almost military.

These molds are similar to the receptacles used in glass blowing, usually looking like a large wooden spoon, they are used to shape the glass at high temperature. Like a hand extension, they are used to give an homogeneous and precise surface to the molten glass that will then be blown.

These molds are very different from the ones traditionally used, but glass is extremely different from any other materials, leaving space for explorations. 

The air, expelled in the cane by the blowers’ lungs, forces the burning glass to be pressed against the wooden walls. It settles within the allocated space. We notice the desertion from one shape to another, it is a total upheaval.

Once we detach the mold from the newly born piece, the smell of burnt wood reminds us of its presence, the surface of the glass is covered with the imprint of the calcination. One has marked the other and vice versa.

Babel haus #1 was blown by Stéphane Rivoal in his
workshop in Arcueil, while Axel was assisting.
For Babel haus #2, #3, #4, #5, #6, I assissted him, diving my hands in the fire.