Floating world

   

Floating world, 2018

Deux structures en acier, lanières de PVC, calque, rétroprojecteur, photographie argentique imprimée sur rhodoide
184,5 x 116 x 25 cm

Le monde flottant renvoie aux estampes japonaises ukyio-e mais aussi au parcours terrestre de la mort et de la renaissance dont les bouddhistes cherchent à se libérer.
Il s’agit d’un monde impalpable mais présent et renvoie aux hétérotopies décrites par Michel Foucault.

(…) Les hétérotopies supposent toujours un système d’ouverture et de fermeture qui, à la fois, les isole et les rend pénétrables.
En général, on n’accède pas à un emplacement hétérotopique comme dans un moulin. Ou bien on y est contraint, c’est le cas de la caserne, le cas de la prison, ou bien il faut se soumettre à des rites et à des purifications.

On ne peut y entrer qu’avec une certaine permission et une fois qu’on a accompli un certain nombre de gestes. Il y a même d’ailleurs des hétérotopies qui sont entièrement consacrées à ces activités de purification, purification mi-religieuse, mi-hygiénique comme dans les hammams des musulmans, ou bien purification en apparence purement hygiénique comme dans les saunas scandinaves.

Il y en a d’autres, au contraire, qui ont l’air de pures et simples ouvertures, mais qui, en général, cachent de curieuses exclusions; tout le monde peut entrer dans ces emplacements hétérotopiques, mais, à vrai dire, ce n’est qu’une illusion : on croit pénétrer et on est, par le fait même qu’on entre, exclu.

Je songe, par exemple, à ces fameuses chambres qui existaient dans les grandes fermes du Brésil et, en général, de l’Amérique du Sud. La porte pour y accéder ne donnait pas sur la pièce centrale où vivait la famille, et tout individu qui passait, tout voyageur avait le droit de pousser cette Porte, d’entrer dans la chambre et puis d’y dormir une nuit.

Or ces chambres étaient telles que l’individu qui y passait n’accédait jamais au cour même de la famille, il était absolument l’hôte de passage, il n’était pas véritablement l’invité.

Ce type d’hétérotopie, qui a pratiquement disparu maintenant dans nos civilisations, on pourrait peut-être le retrouver dans les fameuses chambres de motels américains où on entre avec sa voiture et avec sa maîtresse et où la sexualité illégale se trouve à la fois absolument abritée et absolument cachée, tenue à l’écart, sans être cependant laissée à l’air libre. (…)

Conférence de 1967 « Des espaces autres » [archive] Michel Foucault, Dits et écrits (1984)