Undergone Upheaval, Centre d’Art Aponia

Aaponia-view- a-    a4- a5-   apon- aponi- aponia-

ap- apo- a1- a2- a3-
31 octobre – 22 novembre 2015
Centre d’art Aponia, Villiers sur Marne

Undergone Upheaval
Durant mes études aux Beaux-Arts de Paris, je me suis penchée sur un travail autant objectal que scénographique questionnant nos relations avec notre environnement direct et rêvé. Pour mon exposition de fin d’études, je créais un «espace des possibles», une hétérotopie spatiale ; sorte de grande bâtisse dans laquelle on se donne le temps d’habiter, cet espace a été marqué par la présence d’un corps, d’une danse, où chaque mouvement met fin au précédent. À mesure que le corps déambule, l’espace habité devient déserté, ruiné. Les traces d’un passage restent.
«We shape our buildings; thereafter they shape us» Winston Churchill
Lors d’une résidence en Territoires occupés palestiniens en 2011, je fus surprise par l’architecture désordonnée des maisons palestiniennes et la rectitude des lignes des colonies israéliennes sur la colline d’en face. La distance et tous les moyens mis en place pour imposer cette distance rendait le sujet troublant. La photographie a été pour moi le lien réduisant cet écart. J’ai ressenti le besoin de percer les murs de ces forteresses contemporaines, de voir à travers les façades de béton aux influences du Bauhaus, afin de comprendre leur histoire.
Le verre s’est donc imposé de lui même. J’ai eu la chance de bénéficier d’un apprentissage de soufflage à la canne à la Tokyo Geijutsu Daigaku et fait la rencontre de la plus ancienne famille de verriers à Hébron qui m’a proposé de parfaire
ma connaissance du sujet. À Arcueil, en banlieue parisienne, je logeais au dessus d’un atelier de souffleurs de verre pendant deux ans.
Grâce à eux, j’ai pu recevoir des enseignements et réaliser mes dernières sculptures intitulées Babel haus. Sortes de maquettes d’habitations translucides où l’oeil transperce les murs; ces pièces renvoient aux formes contrôlées, calculées et quasi-militaires du quotidien.
L’air, poussé à l’intérieur de la canne par les poumons du souffleur, force le verre encore brûlant à se plaquer contre les parois du bois. Il prend place dans l’espace qu’on lui assigne. Le moule se désagrège rongé par le verre qui prend forme jusqu’à ce que le moule impose sa contrainte, ses limites. On constate l’abandon d’une forme pour en faire naître une autre.
Travaillant autant le bois que la photographie, le métal que le verre soufflé, j’entretiens un dialogue constant entre la forme, l’image et l’espace. Les différentes séries photographiques présentes dans l’exposition ont un intérêt à la fois formel et contextuel pour mon travail. L’esthétique du cloisonnement des bâtisses d’Irlande du Nord renvoie à un bouleversement subi, imposé, d’une société qui nous est proche. Les architectures du triptyque photographique de Casus belli évoquent des zones de conflit et un désir d’enfermement.
Cependant, le verre est également présent dans la lentille de l’objectif, et il prend position dans mon travail depuis quelques années. L’utilisation que je fais de la photographie emploie une fonction spacialisante de l’image, quasi-sculpturale.
J’affectionne la perspective dans l’image même et lui donne un aspect tri-dimensionnel en l’incluant dans l’espace comme pour Test 1, Test 2 et Test 8. Les photographies d’architectures sont sérigraphiées sur des plaques en verre et installées les unes à la suite des autres sur des châssis en bois, elles viennent recomposer une image brouillée.
Depuis ma sortie des Beaux-Arts, il y a quatre ans, j’ai pu constater que je n’avais cessé d’approfondir ces questions d’espace. Qu’ils soient appropriés, expropriés, réappropriés, désaffectés, réaffectés1, ces lieux m’ont amenée à la photographie, à repenser l’image. J’ai continué à construire des ponts entre les techniques et ma pratique.
1 Derrida Jacques in D’ailleurs Derrida, film de Safaa Fathy